Graham Henry a le don de surprendre ses joueurs. Habitué à bouleverser même une équipe qui gagne, le sélectionneur néo-zélandais a réservé une drôle de surprise cette semaine lors de l'annonce du quinze de départ appelé à affronter l'Australie samedi, à Hong Kong, dans ce qui sera la quatrième confrontation de l'année face aux Wallabies et la onzième sortie des All Blacks en 2008 (pour un bilan de 8 victoires et 2 défaites). Pour cette finale sans enjeu de la Bledisloe Cup (1), au cadre si exotique mais surtout si lucratif pour les deux rivaux de l'hémisphère sud (2), Henry n'a ainsi pas hésité à déboulonner le temps d'un match de son poste d'ouvreur son maître à jouer Dan Carter pour le faire glisser en position de premier centre.
Un évènement à l'échelle des Blacks mais aussi sur la planète rugby pour celui qui fut élu meilleur joueur du monde en 2005 et qui, depuis près de quatre ans, est devenu la référence absolue chez les demis d'ouverture. On avait pourtant fini par oublier que c'est d'abord... au centre, poste auquel il a été formé, que Carter a fait ses premiers pas de rugbyman avant de débuter sa carrière internationale, sous le maillot noir frappé de la fougère argentée, le 21 juin 2003, à Hamilton, face au Pays de Galles, avec le n°12 dans le dos et à la clé 20 points inscrits. Cinq ans plus tard et le futur Perpignanais, âgé aujourd'hui de 26 ans, honorera samedi sa 54e cape de nouveau au poste de premier centre, abandonnant la responsabilité de la conduite du jeu néo-zélandais à un Stephen Donald, à peine moins âgé que lui (24 ans).
Carter: "C'est assez surréaliste, à vrai dire..."
Confronté à la perspective de perdre Carter pour au moins les six prochains mois, à partir de décembre, et de la pige que ce dernier effectuera sous les couleurs de l'Usap, Henry, soucieux de ne pas être pris de court, s'attache ainsi à installer la doublure de son titulaire habituel. Nick Evans ayant cédé aux sirènes de la Premiership anglaise et des Harlequins, Stephen Donald, le joueur des Waïkato Chiefs s'est imposé de lui-même pour honorer sa première titularisation en sélection après six sélections initiales en tant que remplaçant. Dont la dernière, à Brisbane, face à l'Australie, lors du match décisif de la victoire néo-zélandaise dans le Tri-Nations, a forcément donné des idées à Henry. Entré en jeu à l'ouverture à une demi-heure du coup de sifflet final, Donald, associé à Carter repositionné au centre, avait ce jour-là impressionné en contribuant au retour de sa formation menée (7-17) et capable de s'imposer (28-24) sous la pression australienne. De quoi pousser le staff kiwi à renouveler l'expérience: "Nous avons pensé qu'il était important d'essayer d'avoir deux aiguilleurs sur le terrain après cinq ou six semaines sans compétition, s'est justifié Henry sur le site des All Blacks. Cela donne aussi de la flexibilité, avec un droitier et un gaucher qui pourront alterner le jeu au pied pendant le match si besoin est."
De là à penser que Carter se dirige vers une reconversion au centre, il y a un pas que l'intéressé se garde bien de franchir, fort des garanties données par son staff: "Les entraîneurs ont clairement dit que ce changement ne serait pas permanent et c'est bien ainsi car je suis probablement plus sûr au poste de n°10, mais au cours de ces trente minutes à Brisbane quand Stephen est rentré, il a fait ce jour-là une vraie différence et je pense qu'il a vraiment mérité cette chance de débuter." Sa réaction à l'annonce de ce retour au sources n'en fut pas moins emprunte d'une certaine surprise: "C'est assez surréaliste, à vrai dire. (...) C'est à ce poste que j'ai joué une paire de saisons à mes débuts professionnels. C'est un nouveau défi parce que ça remonte à un moment. Mais je suis impatient d'y être." Si l'on ignore encore qui de Carter ou de Donald, meilleur buteur du Super 14 en 2007 et dauphin de son illustre coéquipier cette année encore, endossera la responsabilité des tirs au but sur ce match, l'aîné se prépare à une étroite collaboration avec son ouvreur: "A certains instants de la rencontre, nous pouvons alterner avec nos combinaisons de pied gauche et pied droit. Il y a certaines zones du terrain depuis lesquelles vous préférez taper au but, tant et si bien que nous verrons cela en cours de jeu." Pour le meilleur des Blacks.
Un Carter qui, jamais rassasié, vise ni plus ni moins un sans faute lors de cette fin de saison, riche encore de cinq rencontres (pour un total de seize matches en 2008 ! ndlr) pour laquelle, les supporters perpignanais seront heureux de l'apprendre, leur future recrue, au repos depuis la fin du Tri-Nations mi-septembre et durant le championnat des provinces (NPC), s'est préparé d'arrache-pied: "J'ai vraiment eu un bon break et je me sens prêt. Ça revient à bénéficier d'une bonne pré-saison. J'ai pu effectuer un gros travail physique ces trois ou quatre dernières semaines." Professionnel jusqu'au bout des ongles et compétiteur hors pair, Carter estime les All Blacks en mesure de finir la saison invaincus: "C'est très relevé, note-t-il au sujet de cette tournée des nations britanniques (Ecosse, Irlande, Pays de Galles et Angleterre), jouer les Wallabies pour débuter est un énorme challenge et le Grand Chelem n'est jamais une chose aisée à réaliser (performance réalisée lors de la tournée 2005, ndlr). C'est un défi que nous visons, nous nous déplaçons pour gagner chaque match. Cela va sans dire que ce ne sera pas chose facile mais cette équipe est préparée en conséquence."
(1) Victorieux à deux reprises lors des trois premières oppositions de l'année face aux Wallabies, les All Blacks sont d'ores et déjà assurés de conserver la Bledisloe Cup, traditionnel trophée mis en jeu entre les deux nations.
(2) C'est seulement la deuxième confrontation sur terrain neutre de l'histoire entre les deux nations, l'Australie ayant remporté la première lors des demi-finales de la Coupe du monde 1991, en Angleterre*
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danielcarter10
